Chargement
Ajouter un livre à la boutique Écrire un nouveau livre

Lecture

product-img
product-img
product-img

Ma vie

par GODWIND REQUIEM

Vues : 66

Ajouté le : 19/07/2026

5 / 5 (1 notes)

Douala, 1996. Une sentence maternelle frappe une enfant au cœur : « Tu es inutile. » De cette blessure originelle naît un mutisme absolu, une citadelle de murmures où l'âme s'emmure. Vingt ans plus tard, l'adulte porte encore les stigmates de ce séisme intime. Entre amours sabordés et le silence d'un professeur d'ombre, le choc de l'enfance irradie chaque geste. Un récit sombre, visceral et incandescent sur la trace indélébile du trauma et la conquête de sa propre voix.

Faites découvrir cette publication
  • Lire
  • Noter et commenter

Certaines paroles ne s'effacent jamais ; elles s'impriment dans la chair comme une brûlure froide. « Tu es inutile. » J'avais trois ans quand cette sentence a fracassé mon enfance à Douala. Ce jour-là, le monde s'est tu, et je suis rentrée dans la nuit de mes propres soliloques. J'ai grandi à l'ombre de ce fracas, érigeant le silence en abri, puis en tombeau. Je croyais m'être protégée ; je n'avais fait qu'apprivoiser mon propre naufrage. Voici l'anatomie de cette cassure originelle.


À trois ans, on ne possède pas encore le vocabulaire de la souffrance. On ne sait pas ce que signifient des mots comme « abandon », « infidélité » ou « toxicité ». À cet âge-là, on ne comprend pas le monde avec son intellect, on l'absorbe avec son corps. Et ce que mon corps a compris, très tôt, c'est que l'espace qui m'entourait n'était pas sûr.

Le premier grand silence de ma vie fut celui laissé par ma mère. Un départ temporaire, peut-être, mais pour l'enfant que j'étais, le temps ne se mesure pas : une absence est une éternité. La maison est soudain devenue immense, résonnant d'un vide que la présence de mon père ne parvenait pas à combler. Médecin , il était un homme happé par l'extérieur, jonglant entre ses obligations professionnelles et les ombres de ses infidélités. Il était là, matériellement, mais son attention, elle, fuyait loin de la maison.

Je me suis retrouvée piégée dans une atmosphère lourde, livrée aux regards et aux murmures d'une belle-famille dont l'hostilité tapissait les murs. C'est un sentiment étrange de grandir dans une maison où l'on se sent tolérée plutôt qu'aimée. Les enfants sont des éponges : je sentais le rejet, la froideur, les non-dits. Face à ce monde extérieur menaçant, hostile et imprévisible, j'ai fait ce que n'importe quel être humain fait pour survivre : j'ai créé un refuge.

Puisque les adultes autour de moi ne m'offraient pas de mots réconfortants, j'ai décidé de les inventer.

C'est ainsi qu'est né le soliloque. Ce n'était pas de la folie, c'était un instinct de survie. Dans les recoins de ma chambre, à l'abri des regards moqueurs de la famille, j'ai commencé à murmurer. J'ai donné vie à des amis imaginaires, des présences invisibles mais d'une loyauté absolue. Avec eux, je n'étais ni laide, ni inutile, ni de trop. J'étais le centre de mon propre univers. Je leur racontais des histoires, ils me répondaient. Mes lèvres bougeaient en silence, tissant un bouclier de mots entre moi et la réalité.

Lorsque j'ai franchi les portes de la maternelle, le contraste a été brutal. La cour de récréation était un tourbillon de bruits, de rires, d'enfants qui couraient sans se soucier du lendemain. Je les observais de loin, adossée à un mur ou assise dans un coin, le regard chargé d'une méfiance bien trop vieille pour mon âge.

Je ne voulais pas me mêler à eux. Pourquoi l'aurais-je fait ? Le monde extérieur m'avait déjà prouvé qu'il était synonyme d'abandon et de douleur. Les autres enfants me semblaient être des étrangers bruyants, incapables de comprendre le langage silencieux que je parlais dans ma tête. Je préférais la compagnie de mes voix intérieures, celles qui ne me trahissaient jamais.

C'est là, dans cette cour de maternelle, que j'ai posé les premières briques de ma forteresse. C'est là que j'ai appris à me suffire à moi-même, à siphonner mes émotions avant qu'elles ne puissent être utilisées contre moi. L'enfant de trois ans avait disparu, remplacée par une petite fille silencieuse, observatrice, qui venait de découvrir que la seule personne sur laquelle elle pourrait jamais compter, c'était elle-même.

Grandir à Douala, c’est grandir dans le tumulte d’une ville qui ne dort jamais, sous une chaleur lourde qui pèse sur les...…

Il y a des années qui ressemblent à des séismes, des moments où le sol se dérobe et où toutes les structures que l’on a...…

Le temps a passé, emportant avec lui la poussière du lycée et l’écho des salles de classe. À vingt-trois ans, je ne suis...…

Bertha avait grandi dans une maison où les émotions n'avaient pas droit de cité. Sa mère, une femme au dos toujours droi...…

Armand avait grandi dans un quartier populaire de Douala, fils d'un tailleur et d'une vendeuse de marché, dans une maiso...…

Yves avait trois ans de plus que Léna, et toute son enfance fut marquée par un sentiment diffus de responsabilité que pe...…

Arnold venait d'une famille simple et aimante, sans grand drame apparent. Pour lui, à quatorze ans, l'amour était une ch...…

Damas était d'une nature plus déterminée que celle d'Arnold. Il venait d'un foyer où l'on ne renonçait pas facilement. «...…

Il enseignait la philosophie depuis une quinzaine d'années lorsque Léna arriva dans sa classe de Terminale. Ses copies r...…

Léna, à vingt-trois ans, porte en elle toutes ces histoires sans qu'aucune ne la définisse entièrement.« Tu es douée ave...…







Commentaires

Votre note



Commentaires

Top