Chargement
Ajouter un livre à la boutique Écrire un nouveau livre

Chapitre 4: Aujourd'hui - le choix de l' absence

Retour
Lecture
Ma vie
Chapitre 4 sur 11
19/07/2026 3 min de lecture

Chapitre 4: Aujourd'hui - le choix de l' absence


Le temps a passé, emportant avec lui la poussière du lycée et l’écho des salles de classe. À vingt-trois ans, je ne suis plus la petite fille terrifiée de la maternelle, ni l'adolescente écorchée qui fuyait les regards dans les rues de Douala. Je suis aujourd'hui étudiante en troisième année de soins infirmiers. Mon quotidien est fait de réalités concrètes, de corps à soigner, de vies à observer et de diagnostics à poser. J'ai trouvé ma place dans ce monde, une place où mon intelligence et ma sensibilité servent enfin à quelque chose de grand.

C’est pourtant au moment où je me croyais totalement ancrée dans mon présent que le passé a refait surface, tel un courant sous-marin.

Par le biais d'amis communs, une onde de choc est revenue jusqu'à moi : ce professeur de philosophie, cet homme de trente-sept ans au doctorat et à la vie stable, aurait eu, et aurait encore, des sentiments pour moi. L'information a résonné dans mon esprit comme un écho étrange. Immédiatement, mes vieux démons se sont réveillés. La voix de ma mère a murmuré à mon oreille, et mes propres insécurités ont repris leur litanie : « Qu’est-ce que tu vas lui apporter ? Tu ne lui serais d’aucune utilité. » Le réflexe de me mesurer à lui, de peser ma valeur matérielle ou sociale face à sa stabilité, a tenté de me paralyser à nouveau.

Mes amis m’ont poussée. Ils m’ont dit de foncer, de le revoir, de combler ce vide, de transformer le quiproquo d'autrefois en une histoire d'amour d'aujourd'hui.

Mais entre la Terminale et la troisième année de soins infirmiers, j'ai appris à soigner les autres, et j'ai commencé à me guérir moi-même.

J'ai regardé ce gouffre, et j'ai pris une décision. Une décision mûre, réfléchie, profondément digne : le choix de ne pas y aller. Le choix de l'absence.

Ce n'est plus la fuite paniquée de l'adolescente qui a peur d'aimer. C'est l'acte souverain d'une femme qui refuse d'entrer dans une relation en se sentant inférieure. Je n'ai pas à prouver mon « utilité » pour mériter d'exister. Je refuse de rejouer le match du passé pour obtenir une validation que je possède déjà au fond de moi. Mon absence n'est pas un aveu de faiblesse, c'est mon armure la plus noble, le respect absolu de ma propre dignité.

Je choisis de le laisser à sa place, dans le décor de mes années de lycée, et de rester à la mienne, tournée vers l'avenir.

Pour clore définitivement ce livre que fut ma jeunesse, je n'ai pas eu besoin d'un rendez-vous avec lui. J'ai eu besoin de prendre ma plume. En écrivant mon histoire, en posant ces mots sur le papier, je reprends le pouvoir sur mon récit. Je ne suis plus le sous-produit des malédictions de ma mère, ni l'ombre invisible d'un amour impossible. Je suis l'autrice de ma vie. Les soliloques de la petite fille de trois ans sont devenus les chapitres d'un livre, et en refermant ce dernier manuscrit, je m'ouvre enfin, libre et entière, au monde qui

m'attend.

4 / 11

Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?

Partagez votre avis, vos émotions ou vos théories avec l'auteur(e) et la communauté.

Connectez-vous pour laisser un commentaire Se connecter
0 commentaire

Soyez le premier à commenter ce chapitre !

Chapitre 4: Aujourd'hui - le choix de l' absence
Chapitre 4 / 11 · 3 min de lecture


Le temps a passé, emportant avec lui la poussière du lycée et l’écho des salles de classe. À vingt-trois ans, je ne suis plus la petite fille terrifiée de la maternelle, ni l'adolescente écorchée qui fuyait les regards dans les rues de Douala. Je suis aujourd'hui étudiante en troisième année de soins infirmiers. Mon quotidien est fait de réalités concrètes, de corps à soigner, de vies à observer et de diagnostics à poser. J'ai trouvé ma place dans ce monde, une place où mon intelligence et ma sensibilité servent enfin à quelque chose de grand.

C’est pourtant au moment où je me croyais totalement ancrée dans mon présent que le passé a refait surface, tel un courant sous-marin.

Par le biais d'amis communs, une onde de choc est revenue jusqu'à moi : ce professeur de philosophie, cet homme de trente-sept ans au doctorat et à la vie stable, aurait eu, et aurait encore, des sentiments pour moi. L'information a résonné dans mon esprit comme un écho étrange. Immédiatement, mes vieux démons se sont réveillés. La voix de ma mère a murmuré à mon oreille, et mes propres insécurités ont repris leur litanie : « Qu’est-ce que tu vas lui apporter ? Tu ne lui serais d’aucune utilité. » Le réflexe de me mesurer à lui, de peser ma valeur matérielle ou sociale face à sa stabilité, a tenté de me paralyser à nouveau.

Mes amis m’ont poussée. Ils m’ont dit de foncer, de le revoir, de combler ce vide, de transformer le quiproquo d'autrefois en une histoire d'amour d'aujourd'hui.

Mais entre la Terminale et la troisième année de soins infirmiers, j'ai appris à soigner les autres, et j'ai commencé à me guérir moi-même.

J'ai regardé ce gouffre, et j'ai pris une décision. Une décision mûre, réfléchie, profondément digne : le choix de ne pas y aller. Le choix de l'absence.

Ce n'est plus la fuite paniquée de l'adolescente qui a peur d'aimer. C'est l'acte souverain d'une femme qui refuse d'entrer dans une relation en se sentant inférieure. Je n'ai pas à prouver mon « utilité » pour mériter d'exister. Je refuse de rejouer le match du passé pour obtenir une validation que je possède déjà au fond de moi. Mon absence n'est pas un aveu de faiblesse, c'est mon armure la plus noble, le respect absolu de ma propre dignité.

Je choisis de le laisser à sa place, dans le décor de mes années de lycée, et de rester à la mienne, tournée vers l'avenir.

Pour clore définitivement ce livre que fut ma jeunesse, je n'ai pas eu besoin d'un rendez-vous avec lui. J'ai eu besoin de prendre ma plume. En écrivant mon histoire, en posant ces mots sur le papier, je reprends le pouvoir sur mon récit. Je ne suis plus le sous-produit des malédictions de ma mère, ni l'ombre invisible d'un amour impossible. Je suis l'autrice de ma vie. Les soliloques de la petite fille de trois ans sont devenus les chapitres d'un livre, et en refermant ce dernier manuscrit, je m'ouvre enfin, libre et entière, au monde qui

m'attend.

Top