Grace avait vingt-deux ans lorsque le tiroir fut enfin ouvert.
Elle vivait loin de Douala, poursuivait ses études, et fréquentait depuis quelques mois un homme charmant en public, plus dur en privé, un homme qui savait, lui aussi, retenir les petits détails d'elle pour les lui ressortir plus tard, au moment où ils feraient le plus mal. Elle ne le voyait pas encore. Elle sentait seulement, sans se l'avouer, qu'elle rapetissait.
C'est en aidant Béatrice à trier de vieilles affaires qu'elle tomba sur le carnet, à la couverture usée, glissé au fond d'un tiroir. Elle reconnut l'écriture avant même de lire le prénom. Sa mère, morte quand elle avait cinq ans, dont elle ne gardait que des souvenirs flous.
Elle s'assit à même le sol et lut d'une traite, le cœur serré à chaque page, découvrant une mère qu'elle n'avait jamais connue autrement qu'à travers des silences prudents. Elle découvrit la méthode précise de Marcellin, le sacrifice de l'emploi présenté comme une preuve d'amour, la solitude d'Anna, les phrases de Béatrice répétées comme des vérités. Elle découvrit surtout, avec un vertige qui la saisit à la gorge, à quel point elle portait en elle les mêmes peurs, héritées sans les avoir choisies.
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