Arnold venait d'une famille simple et aimante, sans grand drame apparent. Pour lui, à quatorze ans, l'amour était une chose simple : on remarque une fille, on lui écrit un mot, on espère.
« Elle est trop sérieuse pour toi, cette fille », lui avait dit son ami Marcel.
« Justement. C'est ça qui me plaît. »
Le mot disait : Tu es la fille la plus intelligente que je connaisse. Est-ce qu'on peut parler après les cours ? Léna avait rougi en le lisant, l'avait gardé des jours dans sa poche. Puis, sans qu'Arnold ne comprenne pourquoi, elle avait cessé de répondre.
« Pourquoi tu m'évites ? » lui avait-il demandé, un jour, dans le couloir.
« Je ne t'évite pas. J'ai beaucoup de travail. »
« Léna, on peut juste être amis, si tu veux. »
« Je n'ai pas vraiment le temps pour ça, Arnold. »
Il s'était éloigné, blessé, sans comprendre que ce silence n'avait rien à voir avec sa valeur à lui.
Arnold grandit, tourna la page, se maria. « J'ai eu mon cœur brisé à quatorze ans par la fille la plus intelligente du lycée, disait-il en riant à sa femme. Je ne l'ai jamais vraiment compris. »
Croisant Léna par hasard, des années plus tard, il lui adressa un sourire poli. « Tu vas bien, Léna ? »
« Très bien, Arnold. Et toi ? »
« Marié, deux enfants. La vie va vite. »
Ils se séparèrent, chacun ignorant que ce bref échange refermait une page restée entrouverte depuis près d'une décennie.
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