Damas était d'une nature plus déterminée que celle d'Arnold. Il venait d'un foyer où l'on ne renonçait pas facilement. « Dans cette famille, on n'abandonne jamais au premier obstacle », lui répétait son père.
« Je ne comprends pas, lui avait-il dit un jour, à bout de patience. On parle bien ensemble, on rit, et puis d'un coup tu deviens froide. C'est quoi le problème ? »
« Il n'y a pas de problème. »
« Léna, s'il te plaît, sois honnête avec moi. »
Léna avait hésité, un instant. Puis la peur avait repris le dessus. « Je suis honnête. Je ne veux pas de ça, Damas. Arrête d'espérer. »
Il était parti sans un mot de plus, la mâchoire serrée.
« Laisse tomber, mec, lui avait dit son cousin Éric. Certaines filles ne sont juste pas prêtes. Ce n'est pas toujours à propos de toi. »
« Facile à dire. »
« Non, c'est vrai. Tu remets en question toute ta valeur à cause d'une fille qui ne t'a même pas expliqué pourquoi. Ça, ce n'est pas sain, Damas. »
Devenu plus posé avec les années, il repensa parfois à Léna avec une forme de compassion tardive. « Je me demande souvent, confia-t-il un jour à sa femme, si cette fille ne portait pas, elle aussi, des blessures que je n'ai pas su voir à l'époque. »
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