L'automne s'installait doucement.
Les feuilles jaunies recouvraient les allées du jardin botanique où Maëlle et Gabriel avaient pris l'habitude de se retrouver. Chaque rencontre semblait prolonger la précédente, comme si leur histoire avançait naturellement, sans qu'aucun d'eux ne cherche à la précipiter.
Ce dimanche-là, ils marchaient côte à côte, un café à la main.
— Tu sais, dit Gabriel, il y a quelques mois, je n'imaginais pas pouvoir me réjouir de retrouver quelqu'un.
Maëlle tourna la tête vers lui.
— Et aujourd'hui ?
Il esquissa un sourire.
— Aujourd'hui, je compte les jours avant de te revoir.
Le cœur de Maëlle se mit à battre plus vite.
Ils continuèrent à marcher en silence jusqu'à un petit pont de bois qui traversait un étang.
Gabriel s'arrêta.
Il prit une profonde inspiration.
— Maëlle...
Elle sentit, au ton de sa voix, que ce qu'il allait dire était important.
— Depuis que je te connais, quelque chose a changé en moi. Tu m'as appris qu'on pouvait encore faire confiance, qu'on pouvait parler sans masque, sans jouer un rôle.
Il baissa les yeux un instant.
— Je ne sais pas où cette histoire nous conduira... mais je sais une chose : j'aimerais que nous essayions de construire une relation. Pas parfaite. Simplement sincère. Est-ce que tu accepterais ?
Maëlle resta immobile.
Ces mots, elle les avait attendus pendant des années.
Et pourtant, au moment où ils arrivaient, ils lui faisaient peur.
Elle ne voulait pas répondre sans être totalement honnête.
— Gabriel... il y a quelque chose que tu dois savoir.
Il hocha doucement la tête.
— Je t'écoute.
Elle prit quelques secondes avant de parler.
— Tu connais déjà une partie de mon choix. Mais tu ne connais pas toute son importance.
Elle inspira profondément.
— J'ai décidé de garder ma virginité jusqu'au mariage. Ce n'est pas une épreuve que j'impose aux autres. Ce n'est pas une manière de juger ceux qui vivent autrement. C'est simplement une promesse que je me suis faite.
Sa voix tremblait légèrement.
— Si un jour je me marie, je veux offrir à mon mari tout ce que je suis, librement et sans regret.
Elle leva les yeux vers Gabriel.
— Je comprendrai si cette décision est trop difficile à accepter pour toi. Je préfère entendre un refus aujourd'hui que construire une relation fondée sur un malentendu.
Le vent fit frissonner les arbres.
Gabriel ne répondit pas immédiatement.
Il regardait l'eau de l'étang, comme s'il cherchait les mots justes.
Enfin, il se tourna vers elle.
— Merci.
Maëlle fronça légèrement les sourcils.
— Merci ?
— Merci de me faire assez confiance pour me dire la vérité avant que notre histoire ne commence.
Elle resta silencieuse.
Gabriel poursuivit.
— Je ne te demanderai jamais de renoncer à une conviction qui fait partie de toi. Si je t'aime, ce sera avec ton histoire, tes blessures, tes rêves... et tes choix.
Une larme roula sur la joue de Maëlle.
Ce n'était pas de la tristesse.
C'était le soulagement.
Pour la première fois, un homme ne cherchait pas à négocier, à insister ou à la convaincre de changer.
Il l'acceptait.
Simplement.
Gabriel essuya doucement la larme qui brillait sur sa joue.
— J'ai une seule demande.
— Laquelle ?
— Promets-moi que, si un jour j'ai peur ou si mes blessures me rendent injuste, tu me parleras avant de t'éloigner.
Maëlle sourit à travers ses larmes.
— Je te le promets.
Elle tendit la main.
Gabriel la prit avec délicatesse.
Ils restèrent quelques instants ainsi, leurs mains liées, sans un mot.
Aucune déclaration spectaculaire.
Aucun baiser.
Seulement deux promesses silencieuses.
L'une de rester fidèle à ses convictions.
L'autre de les respecter.
Ils ignoraient encore que leur amour venait de franchir sa première véritable épreuve.
Et que d'autres, bien plus difficiles, les attendaient.
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