La cuisine s'était changée en champ de bataille. Marc, rouge de colère, tenta de s'interposer, mais Erica leva la main, le fixant avec un mépris si pur qu'il en resta interdit.
— « N'essaie même pas, » lui glissa-t-elle d'une voix basse, venimeuse. « Tu as passé ta vie à la piétiner parce qu'elle n'avait rien à elle. Et elle, elle a passé la sienne à me transmettre sa terreur. Vous formez un couple de fantômes. Et vous voudriez que je vous ressemble ? »
Hélène pleurait à chaudes larmes, les mains jointes sur la table, effrayée par le monstre qu'elle avait elle-même façonné.
— « Erica, s'il te plaît... » supplia sa mère. « Je voulais seulement que tu te protèges... Je ne voulais pas que tu deviennes une femme sans cœur, incapable d'aimer ! »
— « Tu ne m'as pas appris à me protéger, Maman. Tu m'as appris à haïr. Tu m'as donné le venin, et aujourd'hui tu t'étonnes qu'il me brûle les veines ! »
Erica attrapa son sac à main, ajusta son manteau et se tourna vers la porte. Avant de franchir le seuil, elle jeta un dernier regard sur la pièce où elle avait grandi, sur ses parents pétrifiés par la vérité de leurs propres échecs.
— « Je serai riche, libre et puissante, » conclut-elle sans une lueur d'hésitation dans le regard. « Mais aucun homme ne posera jamais la main sur ma vie. C'est le seul héritage que je te laisse. »
La porte se referma dans un claquement sec, scellant la fin d'une époque et le début d'un isolement complet.
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