À l'autre bout de la ville, le réveil de Gabriel sonna à sept heures.
Contrairement à Maëlle, il n'avait jamais cru qu'une journée pouvait changer une vie.
À trente-deux ans, il avait cessé d'attendre les surprises.
Chaque matin ressemblait au précédent : une douche rapide, un café noir sans sucre et le silence de son appartement. Il vivait seul depuis deux ans.
Sur une étagère du salon, une photo était restée tournée contre le mur.
Il ne l'avait jamais jetée.
Il n'avait simplement plus le courage de la regarder.
Deux ans plus tôt, il avait demandé la femme qu'il aimait en mariage. Ils avaient choisi la date, réservé la salle, invité leurs familles. Gabriel croyait enfin avoir trouvé celle avec qui il construirait toute sa vie.
Puis, quelques semaines avant le mariage, il avait découvert qu'elle entretenait une relation avec un autre homme depuis plusieurs mois.
Ce jour-là, quelque chose s'était brisé en lui.
Il n'avait pas seulement perdu la femme qu'il aimait.
Il avait perdu confiance en l'amour.
Depuis, il se contentait de vivre.
Ses amis essayaient souvent de le convaincre de refaire sa vie.
— Tu es encore jeune, lui répétait Thomas.
— À quoi bon ? répondait Gabriel.
— Toutes les femmes ne sont pas les mêmes.
Gabriel esquissait un sourire sans conviction.
— Peut-être... mais je n'ai plus envie de prendre ce risque.
Pour lui, aimer était devenu synonyme de souffrir.
Il préférait consacrer son temps à son travail, à ses parents et aux quelques amis qui lui restaient.
Le reste ne l'intéressait plus.
Ce soir-là, en rentrant chez lui, une pluie fine commença à tomber.
Gabriel s'arrêta sous l'auvent d'une librairie.
Pour passer le temps, il entra.
Il aimait l'odeur des livres.
Au fond du magasin, une vieille dame rangeait des romans sur une étagère.
En le voyant hésiter, elle lui adressa un sourire chaleureux.
— Vous cherchez quelque chose de particulier ?
— Non... je regarde seulement.
Elle observa son visage quelques secondes.
— Les gens qui disent qu'ils regardent seulement sont souvent ceux qui cherchent sans le savoir.
Gabriel esquissa un léger rire.
— Vous êtes psychologue ?
— Non. Je vends des livres depuis quarante ans.
Elle lui tendit un roman.
— Prenez celui-ci.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il parle d'espérance.
Gabriel baissa les yeux vers la couverture.
— Je ne crois plus beaucoup à ce mot.
La vieille dame répondit doucement :
— Ce n'est pas parce qu'une porte s'est refermée que toutes les autres resteront fermées.
Ces mots l'accompagnèrent longtemps après avoir quitté la librairie.
En rentrant chez lui, il posa le livre sur sa table de nuit sans l'ouvrir.
Avant d'éteindre la lumière, son regard s'arrêta sur la photo retournée.
Après un long silence, il murmura :
— Si l'amour existe encore... il devra venir me chercher. Parce que moi, je ne le chercherai plus.
Au même moment, Maëlle terminait sa journée en écrivant quelques lignes dans son journal.
« Je ne sais pas où est l'homme que j'attends. Je ne connais ni son visage, ni sa voix. Mais j'espère qu'il n'a pas renoncé à croire en l'amour. »
Le destin sourit parfois en silence.
Car, cette nuit-là, deux personnes faisaient le même vœu sans savoir qu'elles vivaient dans la même ville.
Quelques rues seulement les séparaient.
Pourtant, il leur restait encore bien des épreuves avant que leurs chemins ne se croisent.
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