Le lundi matin commença comme tous les autres.
Maëlle arriva au bureau quelques minutes avant l'heure, un café à la main et son ordinateur sous le bras. Elle salua ses collègues avant de s'installer à son poste.
Vers dix heures, le directeur entra accompagné d'un homme qu'elle n'avait jamais vu.
— Bonjour à tous. Je vous présente Nathan. Il rejoint notre équipe en tant que chef de projet.
Nathan était grand, élégant et sûr de lui. Son sourire semblait mettre tout le monde à l'aise.
Lorsque leurs regards se croisèrent, il lui tendit la main.
— Enchanté, Maëlle.
— Enchantée.
Pendant les semaines qui suivirent, Nathan se montra attentif. Il lui apportait parfois un café, lui proposait de déjeuner ensemble et s'intéressait sincèrement à ses centres d'intérêt.
Pour la première fois depuis longtemps, Maëlle sentit naître une certaine confiance.
Un vendredi soir, alors qu'ils quittaient le bureau, Nathan l'invita à dîner.
— J'aimerais apprendre à mieux te connaître.
Après un instant d'hésitation, elle accepta.
Le restaurant était calme. Ils parlèrent de leurs familles, de leurs rêves, de leurs voyages et de leurs livres préférés.
Nathan semblait cultivé, respectueux et plein d'humour.
En rentrant chez elle, Maëlle se surprit à sourire.
« Peut-être ai-je eu tort de croire que les hommes comme lui n'existaient plus... »
Les semaines passèrent.
Leur complicité grandissait.
Un soir, après une promenade au bord d'un lac, Nathan s'arrêta.
— Maëlle... je crois que je tombe amoureux de toi.
Le cœur de la jeune femme accéléra.
Elle répondit avec douceur.
— Moi aussi, je commence à tenir à toi.
Nathan s'approcha lentement pour l'embrasser.
Maëlle recula d'un pas.
— Pas encore.
Il la regarda, surpris.
— Pourquoi ?
Elle prit une inspiration.
— Parce que je veux que notre relation avance avec confiance et respect. J'ai choisi de garder une part de moi pour l'homme avec qui je construirai ma vie.
Nathan resta silencieux quelques secondes.
Puis il éclata de rire.
— Tu plaisantes ?
— Non.
— Tu es sérieuse ?
Elle acquiesça.
Son sourire disparut.
— Tu es donc vraiment comme les autres le disent...
— Que disent-ils ?
— Que tu vis dans un autre siècle.
Maëlle sentit son cœur se serrer.
— Ce n'est pas une question d'époque. C'est mon choix.
Nathan secoua la tête.
— Franchement, personne ne pense encore comme ça. Tu te prives pour rien. Si tu m'aimais vraiment, tu me le prouverais.
Ces mots tombèrent comme une pierre.
Maëlle le regarda droit dans les yeux.
— L'amour ne se prouve pas en renonçant à ce qui nous est précieux. Il se prouve en respectant l'autre.
Nathan soupira.
— Tu finiras seule avec tes principes.
Elle sentit une larme lui monter aux yeux, mais sa voix resta calme.
— Peut-être. Mais je préfère être seule que devenir quelqu'un que je ne reconnais plus.
Sans ajouter un mot, elle tourna les talons.
Chaque pas lui coûtait.
Elle l'appréciait réellement.
Une partie d'elle aurait voulu revenir en arrière.
Mais une autre lui rappelait que l'amour ne commence jamais par une pression.
En rentrant chez elle, elle pleura.
Pas parce qu'elle regrettait sa décision.
Mais parce qu'elle comprenait que rester fidèle à ses convictions avait parfois un prix.
Cette nuit-là, elle s'endormit avec une seule question en tête :
« Combien de fois devrai-je encore perdre quelqu'un avant de rencontrer celui qui m'aimera sans vouloir me changer ? »
Elle ignorait que, quelque part dans la ville, Gabriel venait lui aussi de mettre fin à une relation.
Lui aussi avait compris qu'on ne peut pas construire une histoire d'amour lorsque le respect disparaît.
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