Le samedi était devenu le jour que Maëlle redoutait le plus.
Non pas parce qu'elle travaillait, mais parce qu'il était presque toujours synonyme de réunions familiales. Et les réunions familiales s'accompagnaient inévitablement des mêmes questions.
— Alors, toujours personne ?
Sa tante Isabelle venait à peine de lui adresser la parole que la question était déjà tombée.
Maëlle esquissa un sourire.
— Toujours personne.
— À ton âge, j'avais déjà deux enfants, lança une cousine avec un rire léger.
— Les hommes n'attendent pas éternellement, ajouta un oncle. Si tu es trop exigeante, tu passeras à côté de ta vie.
Elle continua de manger en silence. Elle avait appris que répondre ne faisait qu'alimenter les débats.
Sa mère, assise en face d'elle, observait la scène sans intervenir. Elle connaissait sa fille. Elle savait que derrière son calme se cachait une fatigue immense.
Après le repas, Maëlle s'éclipsa dans le jardin.
L'air était plus léger dehors.
Les fleurs dansaient sous le vent. Les rires provenant de la maison semblaient appartenir à un autre monde.
— Tu te caches ?
Elle se retourna.
C'était son cousin Samuel.
— Un peu.
Il s'assit près d'elle.
— Tu sais... ils ne veulent pas te faire du mal.
— Je le sais.
— Mais ils ne comprennent pas ton choix.
Maëlle baissa les yeux.
— Ce qui me fait mal, ce n'est pas qu'ils ne soient pas d'accord. C'est qu'ils pensent que je suis contre l'amour.
Samuel fronça les sourcils.
— Tu ne l'es pas ?
Elle sourit.
— Au contraire. Je crois tellement en l'amour que je refuse de le vivre à moitié.
Le jeune homme resta silencieux.
Il n'avait jamais entendu les choses sous cet angle.
— Tu n'as jamais eu peur de regretter ?
La question resta suspendue quelques instants.
— Si... souvent.
Il y a des soirs où je me demande si je ne suis pas en train de courir après une illusion. Il m'arrive d'envier les couples que je croise dans la rue. Je me demande pourquoi tout semble si simple pour eux et si compliqué pour moi.
Elle inspira profondément.
— Mais je préfère regretter d'avoir attendu que regretter de m'être trahie.
Samuel acquiesça lentement.
Pour la première fois, il comprenait que ce choix n'était ni une preuve d'orgueil, ni une manière de se croire meilleure que les autres. C'était simplement une promesse qu'elle s'était faite à elle-même.
Le soir, de retour chez elle, Maëlle posa son téléphone sur la table.
Plusieurs notifications s'affichaient.
Une ancienne camarade annonçait ses fiançailles.
Une autre publiait les photos de son bébé.
Une troisième célébrait son troisième anniversaire de mariage.
Maëlle sourit sincèrement pour elles.
Puis, malgré elle, une question traversa son esprit.
« Et moi... quand viendra mon tour ? »
Le silence de son appartement lui répondit.
Elle s'approcha de la fenêtre. Les lumières de la ville scintillaient dans la nuit comme autant d'histoires qui s'écrivaient derrière chaque fenêtre.
Elle joignit les mains.
— Seigneur, si l'homme que j'attends existe, prépare aussi son cœur. Et s'il n'existe pas, donne-moi la force de rester fidèle à ce que je crois juste.
Au même instant, à plusieurs kilomètres de là, un homme regardait lui aussi les lumières de la ville.
Il s'appelait Gabriel.
Il ignorait encore que sa vie était sur le point de croiser celle d'une femme qui allait bouleverser toutes ses certitudes.
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