Il y eut un jour où Anna envisagea sérieusement de partir, sa valise à moitié faite, posée contre le mur de la chambre pendant qu'elle hésitait encore.
Elle alla trouver sa mère, rassembla tout son courage, et demanda si elle pouvait revenir, ne serait-ce que quelque temps.
Béatrice la regarda longuement, puis prononça les mots qui reviendraient hanter Anna dans les pages de son journal comme une sentence :
— Si tu quittes cet homme, tu sais ce que les gens diront de toi. Une femme qui quitte un mari va d'un homme à l'autre, elle ne trouve jamais la paix, elle finit cuisse légère, sans respect, sans avenir. Et avec quoi tu vas vivre, toi qui n'as même plus de travail ? Reste, prie, tiens bon. C'est ça, être une femme.
Cette dernière phrase frappa Anna plus fort que tout le reste. Elle comprit, ce soir-là, que Marcellin ne l'avait pas seulement isolée de son emploi par amour mal placé, mais qu'il l'avait, sans qu'elle le voie venir, rendue matériellement incapable de partir. Elle rentra chez elle avec la certitude glaçante qu'il n'existait, pour elle, aucune issue honorable ni même praticable. Elle défit sa valise, rangea chaque vêtement à sa place, et choisit de rester.
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