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Chapitre 4: L' homme qu'on croit bon

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Le journal d' ANNA
Chapitre 4 sur 12
20/07/2026 3 min de lecture

Chapitre 4: L' homme qu'on croit bon

Les fiançailles de Marcellin et Anna furent, aux yeux du quartier, un modèle. Il offrait des cadeaux mesurés, jamais excessifs, toujours accompagnés d'un petit mot sur sa foi, sur le respect qu'il portait à la famille d'Anna. Devant Béatrice, il baissait la voix, employait les formules justes, demandait des nouvelles de sa santé avec une constance qui touchait la mère bien plus que la fille.

Ce que personne ne vit, dans ces mois-là, ce furent les tout premiers signes, discrets comme des fissures capillaires dans un mur qu'on croit solide. Un jour, Anna arriva en retard de dix minutes à un rendez-vous, retardée par un embouteillage sur la route de Bonabéri. Marcellin l'accueillit avec un sourire, l'embrassa sur le front, et lui dit, d'une voix douce :

— Ce n'est rien. Mais tu sais, j'ai eu le temps d'imaginer beaucoup de choses. J'ai eu le temps de me demander si tu me prenais vraiment au sérieux.

Il n'éleva jamais la voix. Il n'avait pas besoin de crier pour qu'Anna passe le reste de la soirée à s'excuser, à se justifier, à promettre de mieux faire. Chaque petite faute d'Anna devenait une preuve de son manque d'amour, jamais un simple accident de la vie. Chaque excuse qu'elle formulait renforçait, sans qu'elle s'en rende compte, l'idée qu'elle lui devait quelque chose, une dette de tendresse qu'elle ne finirait jamais de rembourser.

Le soir du mariage, Marcellin pleura devant l'assemblée en prononçant ses vœux, un homme visiblement ému, visiblement bon. Anna écrivit ce soir-là, dans le carnet que sa tante lui avait offert pour l'occasion : Je crois que j'ai enfin trouvé la paix que maman n'a jamais eue.

Quelques semaines après le mariage, Marcellin commença à évoquer l'emploi d'Anna avec une inquiétude qu'il présentait comme de la sollicitude.

— Tu rentres tard, tu es fatiguée, tu n'as plus de temps pour t'occuper de la maison, pour te reposer, pour nous. Je gagne assez pour nous deux. Pourquoi tu t'épuises comme ça ?

Anna objecta d'abord, doucement, qu'elle aimait son travail, qu'il lui donnait un peu d'air, une vie à elle. Marcellin ne s'énerva pas. Il soupira, avec cette tristesse qu'il savait si bien mettre en scène.

— Je pensais que tu voulais qu'on construise une vraie famille. Une femme disponible, présente, c'est ce qui fait tenir un foyer. Mais si ton bureau compte plus que moi, dis-le franchement.

Ce n'était jamais un ordre. C'était toujours, en apparence, un choix qu'on lui laissait et qui, à force d'être posé ainsi, ne ressemblait plus à un choix du tout. Elle ne savait pas encore qu'elle venait d'épouser un homme pour qui l'amour et le contrôle n'avaient jamais été deux choses différentes.

4 / 12

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Chapitre 4: L' homme qu'on croit bon
Chapitre 4 / 12 · 3 min de lecture

Les fiançailles de Marcellin et Anna furent, aux yeux du quartier, un modèle. Il offrait des cadeaux mesurés, jamais excessifs, toujours accompagnés d'un petit mot sur sa foi, sur le respect qu'il portait à la famille d'Anna. Devant Béatrice, il baissait la voix, employait les formules justes, demandait des nouvelles de sa santé avec une constance qui touchait la mère bien plus que la fille.

Ce que personne ne vit, dans ces mois-là, ce furent les tout premiers signes, discrets comme des fissures capillaires dans un mur qu'on croit solide. Un jour, Anna arriva en retard de dix minutes à un rendez-vous, retardée par un embouteillage sur la route de Bonabéri. Marcellin l'accueillit avec un sourire, l'embrassa sur le front, et lui dit, d'une voix douce :

— Ce n'est rien. Mais tu sais, j'ai eu le temps d'imaginer beaucoup de choses. J'ai eu le temps de me demander si tu me prenais vraiment au sérieux.

Il n'éleva jamais la voix. Il n'avait pas besoin de crier pour qu'Anna passe le reste de la soirée à s'excuser, à se justifier, à promettre de mieux faire. Chaque petite faute d'Anna devenait une preuve de son manque d'amour, jamais un simple accident de la vie. Chaque excuse qu'elle formulait renforçait, sans qu'elle s'en rende compte, l'idée qu'elle lui devait quelque chose, une dette de tendresse qu'elle ne finirait jamais de rembourser.

Le soir du mariage, Marcellin pleura devant l'assemblée en prononçant ses vœux, un homme visiblement ému, visiblement bon. Anna écrivit ce soir-là, dans le carnet que sa tante lui avait offert pour l'occasion : Je crois que j'ai enfin trouvé la paix que maman n'a jamais eue.

Quelques semaines après le mariage, Marcellin commença à évoquer l'emploi d'Anna avec une inquiétude qu'il présentait comme de la sollicitude.

— Tu rentres tard, tu es fatiguée, tu n'as plus de temps pour t'occuper de la maison, pour te reposer, pour nous. Je gagne assez pour nous deux. Pourquoi tu t'épuises comme ça ?

Anna objecta d'abord, doucement, qu'elle aimait son travail, qu'il lui donnait un peu d'air, une vie à elle. Marcellin ne s'énerva pas. Il soupira, avec cette tristesse qu'il savait si bien mettre en scène.

— Je pensais que tu voulais qu'on construise une vraie famille. Une femme disponible, présente, c'est ce qui fait tenir un foyer. Mais si ton bureau compte plus que moi, dis-le franchement.

Ce n'était jamais un ordre. C'était toujours, en apparence, un choix qu'on lui laissait et qui, à force d'être posé ainsi, ne ressemblait plus à un choix du tout. Elle ne savait pas encore qu'elle venait d'épouser un homme pour qui l'amour et le contrôle n'avaient jamais été deux choses différentes.

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