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L'ecorce

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L'arbre créole
Chapitre 2 sur 7 20/03/2026

L'ecorce

Le dauphin rose Parfois, j’ai peur. Oui, j’ai peur d’avoir tort, peur d’aimer, peur d’être moi. J’ai peur de mourir et d’aller en enfer pour avoir eu peur de croire au Tout-Puissant. J’ai peur des gens, de leurs regards. J’ai peur… Oui, j’ai peur de presque tout, comme on craint une fuite en haute mer. Alors, pour affronter le monde, je me gonfle d’orgueil, pour flotter encore quand mon bateau aura coulé. Parce que je ne saurai nager dans un monde salé, moi qui viens des eaux douces, là où le temps est lent, où l’eau coule sans urgence : des nappes phréatiques aux ruisseaux, des montagnes aux lacs, des souterrains lumineux jusqu’aux rivières vaseuses. Je suis de là-bas, oui, du monde des songes, toujours dans mes pensées, qui tombent comme des chutes d’eau : parfois claires, parfois boueuses, à l’écume immaculée, mais jamais bleues comme le monde. Je te laisserai des mots Avant la fin, Je te laisserai des mots. Dans le vent qui voyage, Je te laisserai des mots. Quelque part dans les parages, Je te laisserai des mots. Lents et lourds de fragrance, Je te laisserai un mot, mon amour. Par ma plume, J’écrirai au monde : je t’ai vu. Dans mes pages, Je dirai au monde ta beauté nue. En pathos, Je décrirai ma blessure. Parce que, L’amour, c’est tout. Parce que, Je décrirai ma blessure. En pathos, Je dirai au monde ta beauté nue. Dans mes pages, J’écrirai au monde : je t’ai vu. Par ma plume, Je te laisserai un mot, mon amour. Lents et lourds de fragrance, Je te laisserai des mots. Quelque part dans les parages, Je te laisserai des mots. Dans le vent qui voyage, Je te laisserai des mots… Avant la fin. La photo La vie tourne la bobine de son film. L’œil regarde, saccadé, suivant chaque mouvement. L’oreille écoute et digère les résonances. Mais la peau, elle, attend le frisson. Et quand la chaleur irradie enfin d’une image, La peau, déjà à fleur, sursaute. L’émotion naît et sonne en grain. L’image reste, Scellée par le frémissement du derme. Et demain, la gravure, souvenir tendre Dans ma gourde intérieure Sera gorgée d’eau pour un homme altéré. Et dans ma soif la plus grande, Mère vaste, Au sel enivrant des grand eaux, Qui déguise la noyade en baiser douloureux. Peau Sensuelle par sa tiédeur et sa tendresse, Pure de ses cicatrices, Resplendissante dans son éclat et ses couleurs, Achevée dans ses défauts. Voluptueuse par son parfum propre à chacun, Fugace, pourtant si mémorable. La peau : Nymphe des vivants, ouïe de l’invisible ; Terreau du sensible, spectre des aveugles ; Lien primordial, essence des poètes. Jamais sourde à l’autre, Qu’il soit d’ombre ou d’éclat, Toujours dans l’accueil, Sans écueil, même aux heures fiévreuses. Teinté de bleu Tout ce que je vois est bleu. Parfois sur la peau de ceux qui souffrent, Parfois gangrène des cœurs rouges, Souvent lorsque les fleurs de l’art éclosent enfin Dans les œuvres d’artistes pourpres. Teinté de bleu, Tout ce que je vois est de lapis. Et pourtant je ne suis pas d’elle, Mais mes yeux en décèlent le secret : Ce que ma plume écrit en figures et styles Danse en mots aux teintes du ciel diurne. Le monde est d’azur, Le monde est sec et froid, Et moi j’y suis, nu, bientôt sans feu. Car la glace qui me gèle les doigts, Et sa morsure, guettent ce qui tiédit en moi. Teinté… tout ce que je vois m’est insupportable. Dans ce blizzard, La neige brûle ma peau de feu. Je regarde le climat oxyder mes doigts, Pourpres, virer au bleu. La cyanose ronge, peu à peu, Les couleurs du poète : Ce qui m’était heureux, réduit en cendre bleue. Correspondance De l’encre jetée sur du papier, C’est là l’épopée de notre amour, Qui vogue, folle. Quand la distance nous ôte la vue, On s’embrasse en métaphore, On s’aime en hyperbole. L’esprit n’a d’autre limite Qu’à l’infini du possible. Et dans le continuel de nos âmes, On s’aime à chaque lettre, Jusqu’à la dernière lettre, Avant le fameux : « Signé, ton amour… » Sans visage. Et… Jusqu’à la dernière lettre, On s’aime à chaque lettre, Dans le continuel de nos âmes, À l’infini du possible. L’esprit n’a d’autre limite. On flirte en hyperbole, On s’embrasse en métaphore. Quand la distance nous ôte la vue, Notre amour vogue, fou. C’est là l’épopée de notre amour : De l’encre jetée sur du papier. L’amour, venin du cœur L’amour, poison des convaincus, Substance trouble qui sème le doute Et fait germer la foi dans les cœurs nus. Elle s’immisce sans bruit dans nos fibres, Rend têtu le sage, aveugle le libre, Et pique la raison que son feu désavoue. Elle envenime la poitrine, Qui se serre, se durcit, se crispe Et la langue, engourdie, renonce au mot juste. L’amour… oui, l’amour, Ivresse des sens, À la fragrance chaude et douce comme l’encens. L’amour, oui, toi l’ensorceleur, Toi seul sais battre la mesure des cœurs, Toi seul donnes un goût sucré Aux larmes amères qu’on croyait cachées. Toi seul as ces raisons que la raison ignore, Toi qui donnes des couleurs aux silences, Et fais goûter aux songes les pensées. Oh toi, guide vers les cieux, Toi, vertige du septième ciel, Emmène-moi. Fais-moi goûter, un jour, Au nectar de la vie. Emporte-moi là-bas, Là où le ciel et la terre s’épousent, Aux yeux de ceux qui n’osent plus rêver. Le verre de whisky sur ma fenêtre Le verre de whisky sur ma fenêtre. Ma fenêtre donne sur le ciel, et aujourd’hui, c’est la pleine lune entourée d’étoiles. Je ne connais pas les étoiles, encore moins les constellations, mais je regarde… Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais je le regarde. Qui, ou quoi ? Je ne sais plus. Mais je sais… que je le regarde. Depuis ma fenêtre, je regardais, mais je ne cherchais pas. Ou peut-être avais-je oublié ce que je cherchais. J’étais comme peint à ma fenêtre, Avec ce verre de whisky que je ne buvais pas. Ce demi-verre représentait mon absence, Et la fenêtre, ce quelque chose qu’on ne décrit jamais — Ni en une exclamation, Ni en un mot. Un émoi contenu dans le regard de celui qui y est presque, Mais scellé dans le secret du silence. Je regardais, mais… Je ne savais plus quoi, Ni pourquoi. J’étais là, mais absent. Et mon verre me retenait au monde Comme une ancre retient son bateau au courant. Je n’étais plus là Mais mon verre de whisky, Sur ma fenêtre, Rappelait au monde : « Il était là. » Déchu Loin. Je suis loin, Loin de la ville et de ses bruits, À brouter le silence, À remplir ma panse de moments lents, Jouissant des plaines vertes de la campagne. Loin. Je suis loin, Loin des hommes, près des livres, À chercher la « phrase » pleine de sens Qui transformera mon errance en pèlerinage, Ma condescendance vide en philosophie dense. Loin. Je suis loin, Loin du marasme émotionnel, près de mon amour. Mais dans ses bras, une emphase terrible, Sur ses lèvres, un « je t’aime » creux, presque hypocrite , Dans son cœur, un amour qui chante autrui. Loin. Je suis loin, Loin de tout mal, mais toujours près de ce vide, Cette peste qui m’accroche comme son hôte, Drainant mes jours, 15 Me Laissant en arrière-goût l’angoisse et la frayeur à l’aube de mon heure. Loin. Toujours loin, Toujours en route vers ce quelque chose Qui comblera ce vide. Mais hélas, vivre, c’est être déchu : De tout, et même de rien, Car rien n’est certain Et tout est éphémère. Au corset des vers Mon encre se répand et salit le papier, Mais Paris sous ma plume est un triste métier. Je gratte le néant, l’encre coule sans flamme, Il n’est point de lyrisme où s'égare mon âme. Ma feuille se remplit de moqueurs et de rires : « Il ne sait pas écrire ! » entends-je dans leurs dires. J’affine et je resserre, on coupe ce qui dépasse, Mais l’image est lassée, elle s’étiole et s’efface. Privée de tout son sang, sevrée de son grand souffle, Dans ce corset étroit, ma pensée s’emmitoufle. Étreinte par la courbe et la froide métrique, L’image reste là, blafarde et anémique. Car la muse française, en courtisane antique, Veut du dix-huitième le charme systématique. Il faut l'alexandrin, fier, dressé et bien sage, Pour enfermer en douze une riche image.
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