L'annonce de leurs fiançailles fut accueillie avec des larmes de joie, des embrassades et des félicitations.
Pendant quelques jours, Maëlle et Gabriel eurent l'impression que le monde entier se réjouissait avec eux.
Mais cette impression ne dura pas.
Le premier dîner réunissant leurs deux familles révéla des différences qu'aucun d'eux n'avait imaginées.
Autour de la table, les conversations étaient chaleureuses, jusqu'au moment où la mère de Gabriel demanda avec enthousiasme :
— Alors, à quelle date est prévu le mariage ?
Gabriel regarda Maëlle.
— Nous n'avons pas encore fixé de date.
Son père intervint :
— Il ne faut pas attendre trop longtemps. Une fois les fiançailles annoncées, autant avancer rapidement.
La mère de Maëlle sourit.
— Ils prendront le temps qu'il leur faudra.
Mais une tante de Gabriel ajouta, d'un ton qui se voulait léger :
— Après tout... ils se fréquentent déjà depuis un bon moment. Pourquoi attendre encore ?
Maëlle sentit tous les regards se tourner vers elle.
Une cousine lança, presque en plaisantant :
— À moins que notre futur marié soit déjà fatigué d'attendre !
Quelques rires éclatèrent.
Gabriel posa calmement sa fourchette.
— Ce sujet ne regarde que Maëlle et moi.
Le silence tomba aussitôt.
Personne n'osa répondre.
En rentrant chez eux, la voiture resta silencieuse.
Ce fut Maëlle qui parla la première.
— Je suis désolée.
Gabriel tourna brièvement la tête vers elle.
— Pourquoi ?
— À cause de toutes ces remarques.
Il ralentit à un feu rouge.
— Tu n'as rien à te reprocher.
— J'ai peur que ma promesse devienne un poids pour toi.
Gabriel gara la voiture sur le bas-côté.
Il se tourna complètement vers elle.
— Écoute-moi bien.
Jamais je ne laisserai quelqu'un te faire croire que tu es un problème.
Tu n'es pas un obstacle dans ma vie.
Tu es la femme que j'ai choisie.
Et je te choisirais encore.
Les yeux de Maëlle s'embuèrent.
— Même si l'attente est longue ?
Gabriel sourit.
— Une vie entière avec toi vaut bien quelques mois de patience.
Maëlle baissa la tête, profondément émue.
Quelques jours plus tard, ce fut au tour de Gabriel de recevoir des conseils.
Son oncle l'invita à déjeuner.
Après quelques banalités, il entra dans le vif du sujet.
— Tu es sûr de ton choix ?
— Plus que jamais.
— Tu sais... un mariage, c'est aussi une question de compatibilité. Vous avez une vision très différente des choses.
Gabriel répondit calmement :
— Nous avons des histoires différentes.
Mais nos valeurs sont les mêmes.
— Tu crois vraiment que cela suffira ?
Gabriel réfléchit un instant.
— Je ne cherche pas une femme qui pense exactement comme moi.
Je cherche une femme avec qui je peux construire, dialoguer et grandir.
Et c'est ce que j'ai trouvé.
Son oncle ne répondit pas.
Il comprit que cette décision n'était pas un coup de tête.
C'était un choix mûrement réfléchi.
Le soir, Maëlle et Gabriel se retrouvèrent à la librairie de Madame Louise.
La vieille libraire les observa quelques instants avant de leur servir une tasse de thé.
— Les familles ont parlé ?
Ils éclatèrent de rire.
— Cela se voit tant que ça ? demanda Gabriel.
Madame Louise sourit.
— Chaque génération croit savoir ce qui est le mieux pour la suivante.
Puis elle ajouta doucement :
— Mais un mariage ne se construit pas avec les opinions de la famille.
Il se construit avec les promesses que deux personnes se font lorsqu'elles sont seules.
Ces mots réchauffèrent leur cœur.
En quittant la librairie, Gabriel serra doucement la main de Maëlle.
Ils comprenaient désormais que leur amour ne devrait pas seulement résister aux épreuves du passé.
Il devrait aussi apprendre à avancer malgré les attentes, les conseils et les jugements des autres.
Et, sans le savoir, une décision inattendue allait bientôt mettre leur confiance à l'épreuve comme jamais auparavant.
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