Une semaine s'était écoulée depuis leur rencontre au café.
Maëlle et Gabriel avaient pris l'habitude d'échanger quelques messages chaque soir. Ils parlaient de leurs lectures, de leur journée, de leurs souvenirs d'enfance et parfois de leurs rêves.
Aucun d'eux ne cherchait à impressionner l'autre.
Leur conversation avait quelque chose de rare : elle était simple.
Ce samedi-là, ils décidèrent de se retrouver dans le parc où Maëlle aimait tant lire.
Le soleil traversait les feuilles des grands arbres, projetant des taches de lumière sur les allées.
Ils marchèrent côte à côte.
Le silence qui les accompagnait n'était pas gênant. Au contraire, il semblait naturel.
— Tu sais... commença Gabriel, je ne pensais pas qu'il était encore possible de rencontrer quelqu'un avec qui le silence soit aussi agréable.
Maëlle sourit.
— Les silences ne sont pas toujours des vides. Parfois, ils disent ce que les mots ne savent pas exprimer.
Gabriel la regarda avec étonnement.
— Tu réfléchis beaucoup.
— Trop, répondit-elle en riant.
Ils s'assirent sur un banc.
Après un long moment, Gabriel posa une question qu'il gardait en lui depuis plusieurs jours.
— Pourquoi es-tu encore célibataire ?
Maëlle baissa les yeux.
Elle savait que cette question finirait par arriver.
— Tu veux vraiment connaître la réponse ?
— Seulement si tu souhaites me la donner.
Elle inspira profondément.
— Je n'ai jamais trouvé quelqu'un avec qui je partageais la même vision de l'amour.
Gabriel resta silencieux.
Elle poursuivit.
— Je crois que certaines choses méritent d'être vécues avec une seule personne. C'est mon choix. Je respecte ceux qui pensent autrement, mais je veux offrir toute ma vie à l'homme que j' épouserai.
Elle s'attendait à voir apparaître sur son visage le même sourire moqueur que chez Nathan.
Mais rien ne vint.
Gabriel resta pensif.
— Merci de me faire confiance au point de me dire cela.
Maëlle releva doucement la tête.
— Tu ne trouves pas ça étrange ?
Il secoua la tête.
— Non.
Elle le regarda, surprise.
— Chacun a le droit de vivre selon ses convictions. Ce qui serait étrange, ce serait de te demander d'abandonner les tiennes pour me faire plaisir.
Ces mots touchèrent Maëlle plus profondément qu'il ne pouvait l'imaginer.
Depuis des années, personne n'avait accueilli sa confidence avec autant de respect.
Quelques instants plus tard, Gabriel reprit la parole.
— À mon tour d'être honnête.
Il fixa le lac devant eux.
— Je ne crois plus vraiment en l'amour.
Maëlle ne répondit pas.
— J'ai aimé une femme de tout mon cœur. Nous devions nous marier. Puis j'ai découvert qu'elle me trompait depuis longtemps.
Sa voix trembla légèrement.
— Depuis ce jour-là, j'ai construit un mur autour de moi.
Maëlle sentit une profonde compassion l'envahir.
— Tu souffres encore.
Gabriel esquissa un sourire triste.
— Un peu moins qu'avant... mais oui.
Le vent fit onduler les branches au-dessus d'eux.
Après quelques secondes, Maëlle dit doucement :
— Peut-être que tu ne crois plus en l'amour parce que tu as rencontré la mauvaise personne. Pas parce que l'amour n'existe pas.
Gabriel tourna lentement la tête vers elle.
Il n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle.
Pour la première fois depuis longtemps, une fissure apparut dans le mur qu'il avait construit autour de son cœur.
Ils quittèrent le parc en fin d'après-midi.
Aucun d'eux ne savait où cette amitié les conduirait.
Mais une chose avait changé.
Ils ne se voyaient plus comme deux inconnus.
Ils étaient devenus les gardiens des vérités les plus fragiles de l'autre.
Et parfois, c'est ainsi que les plus belles histoires commencent : non par une déclaration d'amour, mais par la confiance.
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