Libéré de l'énergie constante qu'il insufflait dans des relations à sens unique, Mathieu recommença à investir du temps pour lui-même. Il s'inscrivit à un atelier de menuiserie et de restauration de meubles — un endroit où le travail manuel laissait parler la patience et le soin.
C'est là qu'il rencontra Julien, l'artisan qui animait le cours, et Hélène, une participante régulière.
Pour la première fois depuis des années, Mathieu découvrit ce que signifiait la réciprocité sans effort. Julien remarquait le soin qu'il mettait dans ses gestes. Hélène l'écoutait quand il parlait, posait des questions sur ce qu'il ressentait, se rappelait du nom de son chien ou du projet qu'il avait mentionné deux semaines plus tôt.
Un samedi après-midi, après l'atelier, Hélène lui tendit un café et lui dit spontanément : « Tu as l'air soucieux aujourd'hui, Mathieu. Quelque chose ne va pas ? »
La question était si simple, si directe, si dénuée d'intérêt personnel que Mathieu en resta un instant muet. Il s'était tellement habitué à être le réceptacle des peines des autres qu'il avait oublié ce que faisait l'effet d'une main tendue sans contrepartie.
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