Mathieu ne fit pas d'éclat. Il ne provoqua pas de grande explication théâtrale, car il savait d'expérience que les gens confrontés à leur propre manque de considération se défendent toujours en traitant l'autre de « trop sensible » ou de « dramatique ».
Il commença simplement à se retirer. Doucement. Proprement.
Quand Gabriel l'appela pour un nouveau service, Mathieu répondit avec calme : « Non, désolé Gabriel, je ne suis pas disponible ce week-end. » Il y eut un silence interloqué à l'autre bout du fil — Gabriel n'avait pas l'habitude d'entendre ce mot.
Quand Clara voulut venir s'épancher pendant des heures sur son dernier drame amoureux, Mathieu posa une limite : « Je suis fatigué ce soir Clara, on en reparlera une autre fois. »
Ce désengagement progressif provoqua un phénomène étrange : sa famille et ses amis commencèrent à s'agacer. Non pas parce qu'il leur manquait sur le plan affectif, mais parce que le rouage qu'il représentait ne tournait plus correctement. On le trouva « distant », « changé », voire « égoïste ». C'était le comble : pour avoir été trop généreux trop longtemps, le simple fait de poser des limites le transformait en coupable.
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