Aurora
Hier soir j'ai passé un assez bon moment. J'ai rencontré monsieur et madame Dalton ainsi que Terence le frère de Iris. Ils sont agréables, le dîner était un vrai régal. Pas étonnant que madame Dalton, enfin, Gabriella comme elle m'a intimé de l'appeler, tient un café restaurant, c'est un vrai cordon bleu.
Au début j'étais gênée, je me sentais un peu comme une intruse au milieu d'eux à cause des regards parfois insistants du frère d'Iris.
Il avait ses yeux posés sur moi, me jaugeant d'un air méfiant et curieux, analysant chacun de mes gestes. Son visage était fermé, même lorsque sa sœur lui parlait. C'était étrange. J'avais l'impression qu'il cherchait à lire en moi ou qu'il avait un problème avec moi, mais plus tard dans la soirée tout s'est apaisé, il a cessé de me dévisager. Il est devenu plus sympathique et son regard inquisiteur avait disparu. Il affichait désormais un air plus chaleureux, du moins c'était mon impression, il a même souris, ce qui m'a détendue.
Par la suite je me suis sentie à l'aise et honnêtement c'était plaisant.
Là je suis dans mon lit entrain de consulter mes mails et je lis qu'il y a une réunion aujourd'hui avec des partenaires à onze heure. Il va donc falloir que je me prépare, je n'irai pas en cours aujourd'hui par conséquent. Je démarre mal mon année universitaire avec cette absence je le sais mais, j'ai des devoirs. Je dois trouver un compromis parce que je pense qu'il y aura plusieurs jours où je n'irai probablement pas à cause de l'entreprise.
J'y travaille, à distance bien-sûr, ou plutôt j'y suis en formation ou en stage pour certains, et ce depuis mes dix-huit ans. La formation était plus axée sur la théorie et quelques fois pratiques. La raison derrière cela étant simple, c'est pour faciliter les choses le jour où je succèderai à mon père. Puisqu'il n'a pas de garçon la tâche me revient et c'est pas aussi simple. Entre préparer des propositions, assister à des réunions, partager des idées nouvelles et faire des rapports, c'est un peu épuisant je l'avoue. Je n'imagine même pas les charges en tant que dirigeant.
Pour le moment je suis à peu près comme l'assistante du patron parce que je dois prendre des notes, être présente aux rendez-vous d'affaires contractuelles, être à l'affût de tout dénouement, suivre l'avancée des travaux et j'en passe. Une assistante, avec quelques attributions en plus. Ce n'est pas évident mais je trouve ça intéressant d'apprendre et de savoir comment se déroulent certaines choses, d'autant plus que j'aime apprendre et découvrir même si ça s'avère éreintant.
Je regarde sur mon téléphone et je constate qu'il est huit heure. Je ferais mieux d'aller me préparer avant d'arriver en retard, ce qui est inenvisageable. Je me lève donc de mon lit en me motivant du mieux que je peux et je vais dans la salle de bain.
Une demi-heure plus tard je suis prête.
Je descends et marche vers la cuisine pour avaler quelque chose. Je veux éviter de sortir d'ici le ventre vide. A chaque pas que je fais, le bruit sec des talons qui claquent le sol carrelé résonne dans toute la pièce, et l'ambiance paraît glaciale tout à coup parce que ce son brise à intervalles de secondes, le silence qui règne.
Quand j'arrive devant l'îlot je me dispose juste quelques fruits – pomme, quartiers de mandarine, raisins – sur un plat et je me sers un grand verre de lait parce oui, j'en bois encore, j'aime le lait. C'est de loin ce que je préfère.
Je termine de manger assez rapidement et une fois fini, je remonte mais quelqu'un sonne à la porte. Je fais demi tour et je vais ouvrir.
— Bonjour jeune demoiselle. Comment allez vous ? Déclare poliment Denise les doigts croisés à l'avant avec son éternel sourire.
— Madame Denise, bonjour...
— Oh je vous en prie appelez moi Denise, intervient -elle.
— D'accord, j'acquiesce simplement avant de reprendre aussitôt. Mais ne restez pas là, entrez je vous en prie, déclaré-je en ouvrant un peu plus la porte.
— J'espère que vous avez passé une agréable nuit. Je suis là pour savoir si vous avez besoin de quelque chose, s'enquiert-elle en entrant et je referme juste après.
— Non je ne crois pas, pour le moment ça va, merci. Asseyez-vous, je vous sers quelque chose ?
— Non merci mademoiselle, c'est gentil de votre part vous êtes mignonne. Je suis juste venue prendre de vos nouvelles et puisque vous n'avez besoin de rien, je vais y aller. Passez une bonne journée, lance t-elle en ouvrant la porte et, après m'avoir gratifier de son sourire dévoilant ses fossettes que je trouve extrêmement flatteuses, elle s'en va et referme derrière elle.
Elle est adorable.
Il est neuf heure à peine, j'ai encore largement le temps avant la réunion. Je pourrais peut-être aller marcher ça me fera du bien, et puis j'en profiterai pour consulter le dossier qu'on va aborder durant cette réunion.
J'attrape mon sac à main dans lequel j'y ai fourré ma tablette et mon téléphone. J'enfile mon manteau et je suis déjà dans le couloir, fermant la porte de l'appartement. Je prends l'ascenseur et me retrouve dans le hall en direction de la sortie mais une personne m'appelle.
— Mademoiselle Aurora... Mademoiselle...
Je me retourne et me retrouve en face de Léo quelques secondes plus tard.
— Léo ? Quelque chose ne va pas ?
— Bonjour... bonjour mademoiselle. Euh... fait il en passant ses doigts dans ses cheveux soigneusement coiffés avant de prendre une grande inspiration. Il se tient droit, les mains jointes dans son dos et cette fois, il soutient mon regard plus longtemps que d'habitude.
Je vois les traits de son visage se détendre, il affiche un léger sourire, un peu gêné tout de même.
— Je suis désolé de vous déranger mais accepteriez vous de dîner avec moi ce soir ? En tant qu'amis bien-sûr, s'empresse t-il de rajouter en accompagnant ses paroles de mouvements de ses mains qu'il positionne devant lui comme pour calmer le jeu, ou simplement dissiper un potentiel malentendu.
Je sais que la surprise se lit sur mon visage, à ça je ne m'attendais vraiment pas. Je remballe mon air pantois et je lui réponds en évinçant le blanc qui s'est incrusté durant quelques secondes.
— J'avoue que je ne m'attendais pas à ça, je veux dire, je suis flattée et ça aurait été avec plaisir Léo mais, j'ai déjà quelque chose de prévu. Je suis désolée, déclaré-je peinée pour lui. Peut-être une prochaine fois si ça vous dit, tentais-je de rattraper.
— J'en serai honoré, dit-il une main à la poitrine. Je ne vous prends pas plus de temps, au-revoir et prenez soin de vous... lance t-il avant de tourner les talons et s'en aller, les mains dans les poches.
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Léo
Ami. Pourquoi j'ai dit ça moi ?
Je veux devenir son ami bien-sûr, mais... Bref ça n'a pas d'importance. Et puis le titre d'ami ne me dérange pas tant, au contraire, ça me va, évidemment si elle ne partage pas mon intérêt. Quoi qu'il en soit, je n'abandonnerai pas et je serai patient. Quelque chose me dit qu'elle et moi sommes liés, destinés à finir ensemble.
Je sais, ça paraît idéaliste, une histoire tirée par les cheveux. Ma réflexion a tout l'air d'être celle d'un diseur de bonne aventure très peu fiable mais, je ressens les choses telles qu'elles. Je pense vraiment avoir raison et si c'est le cas, je serai rempli de joie car j'aurais alors à mes côtés la plus charmante de toutes.
J'avoue que dit comme ça, on croirait que je ne cherche qu'une chose c'est de l'avoir avec moi pour une nuit, mais ce n'est pas le cas. Encore heureux, je n'ai pas été éduqué comme ça. Je ne suis pas un collectionneur, ni joueur ou un séducteur. Je suis juste un gars simple qui aime les choses simples, et qui recherche une stabilité dans ma vie sentimentale. Dans aucunes de mes relations précédentes je n'ai été irrespectueux ou pas impliqué à cent pour cent. J'imagine que quelque part je cherchais à construire ce que je n'ai pas eu la chance d'avoir, même si je suis déjà très reconnaissant de ce que j'avais.
Je retourne à mon poste derrière le comptoir. Je vois Lucile venir vers moi avec un sourire que je connais très bien, et je sais déjà ce qu'elle va me demander.
— Alors elle t'as tapé dans l'œil la demoiselle à ce que je vois, déclare t-elle le coude appuyé sur le comptoir avec sa main faisant office de support à sa tête.
— Tu ne devrais pas être là. Retournes à ton poste Lucile.
— Oh mais ça va, ce que tu peux être rabat-joie, peste t-elle en roulant des yeux.
Elle est sur le point de s'en aller mais se fige dans son élan. Elle se retourne et me lance un regard différent d'il y a cinq secondes.
— Quoi ?
— Elle te plaît vraiment ?
— Lucile ! Lancé - je entre mes dents serrées d'agacement.
— Ça va j'y vais, pas la peine de t'énerver, se défend t-elle les mains en l'air en signe de paix avant de regagner son poste.
Je ne la sens pas cette histoire.
Je connais bien Lucile, elle cherche quelque chose. On est sorti ensemble il y a quelques temps mais notre relation n'a pas duré. Elle m'a trompé. Quand je l'ai découvert je l'ai quitté et depuis elle essaye de me récupérer, même si je lui ai déjà dit qu'elle et moi c'est de l'histoire ancienne et qu'il n'y aura plus jamais de «nous». Pas sûr qu'elle l'ait bien pris mais bon, j'ai été clair. En plus ça fait un moment qu'elle se rapproche de moi en tant que «ami» comme elle le dit si bien, mais pour être honnête je n'y crois pas.
Son cinéma ne va pas durer longtemps je pense, mais ça m'arrange. Dans l'état actuel des choses je peux garder une bonne entente entre collègues de travail et éviter les ennuis administratifs, d'autant plus que ce genre de relation est proscrite ici donc je pense que ça vaut mieux ainsi, même si on n'a pas respecté le règlement dès le départ. Les seules qui étaient au courant sont Mara une réceptionniste, Diego et ma tante Denise bien qu'elle s'y est opposée à cause du règlement.
Maintenant que nous sommes séparés, je peux travailler sereinement sans risquer que quelqu'un ne l'apprenne, et que ça se répende comme une traînée de poudre jusqu'aux oreilles de l'administration comme je le craignais autrefois. Si ça avait été le cas, je n'aurais pas été ici à l'heure actuelle.
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Aurora
Je marche depuis une vingtaine de minutes maintenant, avec cette odeur de café qui me chatouille les narines. Justement en parlant de café, j'en aperçois un qui a l'air plutôt sympa. J'y entre et m'installe. Un serveur vient prendre ma commande et revient quelques minutes plus tard avec une tasse de thé.
Il est temps de se mettre au travail.
Je sors ma tablette et commence à m'y mettre. Je dispose les documents dont j'ai besoin devant moi avec des surligneurs, des crayons et des marqueurs. Je note quelques détails importants à aborder, les réponses à apporter aux potentielles questions. Je consigne également les bilans dont on aura besoin durant l'entrevue, en checkant que tout soit en ordre et c'est le cas. Une à deux vérifications pour m'assurer que tout est prêt et c'est bon, j'en ai terminé.
Au bout d'une heure je finis. Je commande une quatrième tasse de thé qui m'est servie de suite. Je vide le contenu de ma tasse et règle ma note, je dois y aller.
Au moment où je me dirige vers la sortie, à quelques centimètres de la porte je ne fais pas attention quand elle s'ouvre devant moi. J'ai le réflexe de m'arrêter à temps et ne pas entrer en collision avec la personne qui entre. Aussitôt je me stoppe, aussitôt je lève les yeux et la surprise me gagne.
— Aurora. Quelle surprise.
En effet, c'est le cas de le dire.
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