Le problème avec les piédestaux bâtis sur du mensonge, c'est qu'ils finissent toujours par s'effondrer.
Deux ans passèrent. Grâce, refusant d'abandonner, avait réussi à financer sa première année d'études grâce à des cours particuliers qu'elle donnait en cachette et à une bourse de mérite qu'elle avait décrochée à la force du poignet. Elle dormait quatre heures par nuit, épuisée, mais debout.
Cédric, de son côté, n'avait jamais dépassé la classe de Terminale. Son Probatoire, tant vénéré, n'avait mené à rien. La moto achetée par sa mère était vendue pour éponger des dettes de jeu. Les affaires qu'il devait monter n'avaient jamais vu le jour. Mais Maman Suzanne continuait de s'accrocher à son illusion, refusant d'admettre que son « héritier » était un gouffre financier et émotionnel.
Le drame éclata un mardi soir.
Trois hommes débarquèrent dans la cour familiale, menaçants, accompagnés d'un huissier. Cédric avait contracté une dette colossale auprès d'un usurier du quartier en donnant en garantie le titre foncier de la maison familiale un document qu'il avait volé dans le coffre de sa mère.
« Si l'argent n'est pas rendu d'ici vendredi, la maison sera saisie », déclara l'huissier d'un ton sans réplique.
Maman Suzanne s'effondra sur le ciment de la véranda, hurlant, pleurant, implorant. Elle se tourna vers Cédric, cherchant désespérément une explication chez son « roi ». Mais le prince héritier, la tête basse, le regard fuyant, ne trouva rien d'autre à dire que : « Ce n'est pas ma faute, on m'a piégé. »
Pour la première fois de sa vie, Maman Suzanne vit la réalité en face : l'homme sur lequel elle avait tout misé, l'héritier pour lequel elle avait sacrifié sa propre fille, était incapable de sauver qui que ce soit.
Il était lâche.
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