Les semaines qui suivirent ne furent qu'une longue célébration de la médiocrité de Cédric. Pour fêter son Probatoire, Maman Suzanne organisa une fête, tua un mouton et lui acheta une moto neuve en piochant dans les économies du foyer — ces mêmes économies qu'elle disait « trop serrées » quand Grâce demandait de l'argent pour acheter ses livres d'école.
Pour Grâce, il n'y eut rien. Pas une félicitation, pas un repas spécial. Quand elle demanda de l'aide pour payer ses frais d'inscription à la faculté de médecine, sa mère lui riposta froidement :
« La médecine ? Pour que tu fasses de grandes études et que tu deviennes orgueilleuse ? L'argent de cette maison doit servir à installer ton frère. Il doit faire du commerce, monter son entreprise. C'est lui l'homme. Toi, cherche un mari ou va faire une petite formation de secrétaire. »
Grâce observait le désastre en silence. Cédric ne travaillait pas. Il utilisait sa moto pour parader dans le quartier, séduire les filles et dépenser l'argent de sa mère. Mais aux yeux de Maman Suzanne, chaque geste de Cédric était empreint de génie. S'il rentrait à quatre heures du matin ivre mort, c'était parce qu'il « tissait des réseaux d'affaires ». S'il perdait de l'argent dans des projets douteux, c'était « la faute des envieux du quartier ».
Grâce, elle, gérait la maison. Elle faisait les courses, la cuisine, le ménage, révisait ses cours la nuit, et subissait les reproches constants. « Tu n'as pas bien balayé », « Tu réponds trop », « Regarde ton frère comme il est calme ».
La vérité était glaciale : aux yeux de sa propre mère, Grâce n'était pas un être humain avec des rêves et un potentiel. Elle était une servante d'intérieur destinée à meubler l'ombre, tandis que Cédric était le soleil autour duquel toute la famille devait tourner.
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