Will
Carlos est encore absent. Sa pause s'est prolongée et c'est la troisième fois depuis la semaine dernière. Il ne me prévient pas de son heure de retour, même pas un message au moins pour que je ne m'inquiète pas. J'ai remarqué que ces derniers temps il a parfois l'air préoccupé et ailleurs, donc je suppose qu'il a des problèmes. J'espère juste que tout rentrera dans l'ordre pour lui.
Je devrais sûrement le rappeler, il s'agit quand même de mon unique employé et c'est également mon ami, je me fais du soucis.
En parlant de lui, je l'entends arriver. Il est resté dans l'arrière boutique. Je m'en vais l'interroger sur ce qu'il se passe exactement, je veux comprendre la situation et l'aider si besoin. Quand je lui demande il m'assure que tout va bien, juste des histoires de famille. J'acquiesce et je retourne à la boutique.
Je suis derrière le comptoir à ma place habituelle, entrain de faire les comptes. Ça ne prend généralement pas énormément de temps. Une fois que je finis je passe au nettoyage que je laisse en suspens pendant quelques secondes lorsque j'entends la porte de la boutique s'ouvrir et la clochette danser. Je poursuis ma tâche sans trop prêter attention. J'aime laisser le client parcourir et découvrir par lui même ce qui l'intéresse, c'est généralement après ce moment là que j'interviens.
Quelques minutes s’écoulent et je l'entends se rapprocher finalement. Je relève la tête pour me mettre à son service et répondre à ses questions s'il en a, dans une approche chaleureuse et accueillante, pour le mettre à l'aise.
— Bonjour que puis-je faire pour vous ? Déclaré - je avant de ranger mes outils de travail et de porter mon attention sur lui. Ou plutôt sur elle.
J'ai face à moi une femme au visage quasi émerveillée, regard charmant et intense. J'ai les yeux rivés sur elle attendant sa réponse, mais au lieu de ça elle plisse tout de suite les yeux, m'examinant. Puis elle prends la parole et déclare :
— Je vous connais... Votre visage me dit quelque chose.
À ces mots j'ai un pique de stress qui me monte et mes sens sont en alerte. Est-ce qu'elle m'a reconnu ? Ou alors elle ne va pas tarder à le faire, parce qu'elle fouille dans sa mémoire à la recherche du lieu où elle m'aurait aperçu, ou alors dans quel magazine elle m'aurait vu.
Je ne cache pas que mon calme commence à flancher.
Il y a des chances pour qu'elle ne s'en rappelle pas, ou qu'elle se trompe finalement. Pour ne rien laisser transparaître je continue de soutenir son regard inquisiteur, avec une expression détendue. En l'espace de quelques secondes elle a comme une révélation qui lui apparaît, puisqu'elle cesse de me fixer. Soudainement elle a un léger sourire avant d'ajouter :
— À l'aéroport... souffle t-elle. Vous êtes l'homme que j'ai croisé à l'aéroport hier, termine t-elle sûre d’elle.
Maintenant que j'y pense, c'est vrai que son visage m'a eu l'air familier. Oui ça me revient.
Hier je suis allé à l'aéroport récupérer un colis et quand je suis arrivé, une femme m'a cogné avec son chariot de valises. Je reconnais que j'ai légèrement eu mal mais ce n'était rien de bien grave. La douleur était temporaire et tout s'est apaisé par la suite.
— Vous êtes donc la demoiselle qui avait cinq valises, je plaisante et son sourire s'élargit. Je ne pensais pas vous revoir, bienvenue.
— Moi non plus, quelle coïncidence. Au fait votre hanche va bien ? S'enquiert t-elle soucieuse.
— Elle va mieux depuis hier, ne vous inquiétez pas, assuré - je. Alors, que puis-je pour vous ?
— Je voudrais savoir s'il est possible de se faire livrer.
Je lui confirme l'information. Suite à celà je l'accompagne dans les rayons pour qu'elle puisse faire son choix.
Elle survole les instruments avant de finir par regarder dans une direction et je sais déjà laquelle elle a choisi. Son attention est portée sur une guitare, simple mais qui a du caractère qu'on ne remarque pas toute suite, surtout quand on ne s'y connait pas. Il y a même des chances qu'on ne le voit pas, tout comme le bois spécial utilisé pour sa fabrication, j'aime ce cachet. Je trouve qu'elle lui ressemble quelque part en y regardant bien. C'est mon impression, sinon très bon choix.
Je suis ravi de pouvoir participer à ce processus d'analyse et de sélection auprès des clients même si je ne fais que les assister et répondre à leurs interrogations. Je les conseille également en les orientant vers l'instrument qui leur correspond le mieux, parce que chacun a son style.
Je la vois s'approcher et décrocher celle que j'ai prédis.
La guitare dans ses bras, elle glisse ses doigts sur les cordes en jouant quelques accords loin d'être mauvais, et moi j'ai une soudaine envie de l'accompagner. J’attrape une à ma gauche, et je dois avouer que tout ça est plutôt harmonieux.
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Aurora
Je ne sais pas manier la guitare mais il y a des airs que je sais quand même jouer. Ceux qui sont accompagnés par les notes plus prononcées et agréables du professionnel à mes côtés.
Je passe un moment sympathique même si ça ne dure que quelques minutes.
D'après ce que j'ai pu observer chez ce professionnel, c'est une personne avenante et chaleureuse, surtout impressionnante avec son talent. Il semble être quelqu'un de bien. J'ai également noté qu'il s'exprime très bien, il a une gestuelle élégante et assurée. On a échangé un court instant, pendant lequel il m'a vaguement parlé de la ville et des endroits incontournables à visiter. Juste après nous sommes passés à la caisse et j'ai réglé la facture pour l'achat de la guitare que j'ai choisi.
Au moment où je suis sortie du magasin, lui aussi était entrain de rentrer. Il m'a alors proposé de m'accompagner jusqu'au coin de la rue quand la nuit était encore moins présente.
Durant ces minutes de marche, il y a d'abord eu un silence, pas gênant ni pesant, aussi surprenant que ça puisse paraître. La conversation s'est faite de façon naturelle quand on a commencé à parler, échangeant des formalités de politesse. Je lui ai posé une ou deux questions et à sa manière de répondre ça n'a pas semblé le déranger. De cette courte interaction j’ai appris que la guitare est l’instrument qu’il préfère et qu'à part ça, il sait également jouer du piano, de l'accordéon et la batterie. Ça m’a impressionnée j’avoue.
Au moment où on devait se séparer, c'est seulement là que nous nous sommes rendus compte que nous avions sympathisé sans même connaître chacun le prénom de l'autre. C’est une situation inédite, je ne l’ai jamais vécu. Converser avec une personne comme si on se connaissait et que nous savions qui est en face de nous, du moins le nom. De son côté il n’avait pas l’air plus impliqué que ça de connaître mon prénom, après tout il avant mon nom déjà, j’ai supposé que c’était suffisant pour lui. Pour ma part, savoir à qui j’adresse la parole est le minimum même si je peux m’en passer, mais quand j’ai eu son nom, j’étais tout de même satisfaite avant que je ne prenne ma direction et lui la sienne.
Là je suis toujours dans la rue. Je marche jusqu'à une supérette que j'avais repéré et je rentre chez moi tout de suite après. J'ai acheté quelques aliments, des fruits surtout, et j'ai posé les sacs sur l'îlot de la cuisine quand je suis arrivée, avant de filer prendre un bon bain.
Il est dix-neuf heure quand je termine. Je descends ranger les courses. J'en profite pour me découper des fruits que je déguste devant un épisode de mon deuxième dessin animé préféré : Totally Spies. Juste après je change d'ambiance en visionnant cette fois un manga qui me fait rire et que j'aime beaucoup, mon préféré, le premier. Il est vraiment drôle et fou ce Nicky Larson je trouve. D'ailleurs est-ce un manga ? Honnêtement je n'en sais rien et je me pose la question.
Mon repas terminé, je suis toujours devant un écran, mais cette fois ci je suis en pleine consultation de mes messages. J’écourte ma lecture de mails pour aller ranger mon plat à la cuisine, mais je suis interrompue par la sonnerie de mon téléphone. Mon père m'appelle.