Les mois suivants agirent comme un révélateur photographique. Une fois que Mathieu eut ouvert les yeux sur la dynamique, il lui fut impossible de la « dé-voir ».
Il commença à observer les conversations. Quand Clara lui parlait, quatre-vingts pour cent du temps était consacré à ses problèmes, ses projets, ses états d'âme. Dès que Mathieu essayait de placer un mot sur son propre travail ou ses doutes, le regard de Clara s'évadait vers son écran de téléphone, ou elle ramenait systématiquement le sujet à elle : « Ah oui, je comprends, moi aussi au boulot en ce moment... »
Avec son frère Gabriel, c'était encore plus flagrant. Gabriel ne l'appelait que lorsqu'il avait besoin d'un service un déménagement, une voiture à emprunter, un conseil juridique. Une fois le service rendu, les appels redevenaient rares, espacés, superficiels.
Mathieu réalisa qu'il n'était pas estimé pour qui il était, mais pour ce qu'il apportait. Il était un confort, une constante rassurante, un arrière-plan confortable sur lequel les autres construisaient leur vie.
Un soir, lors d'un repas de famille, son père porta un toast à Gabriel pour sa récente promotion. La pièce résonna d'applaudissements. Mathieu, qui avait passé les trois derniers week-ends à relire les rapports de son frère et à l'entraîner pour ses entretiens, sourit en silence. Gabriel ne mentionna pas son aide. Son père ne se tourna pas vers lui. Mathieu était là, assis à la table, et pourtant il ne s'était jamais senti aussi absent.
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ?
Partagez votre avis, vos émotions ou vos théories avec l'auteur(e) et la communauté.
Soyez le premier à commenter ce chapitre !