Ça y est nous y sommes. Je le sais parce que l'hôtesse l'annonce et j'avoue que je suis à la fois ravie et excitée, mais également un peu intimidée et perturbée. Je pense que c'est normal, je viens vivre dans une ville que je ne connais que quelque peu, c'est-à-dire de ce que j'ai lu et de ce qui m'a été raconté. Je n'y ai mis les pieds qu'une ou deux fois et c'était lorsque j'étais plus petite, avant la naissance de mes sœurs.
Bien que mon arrivée et tout le voyage aient été préparé, je sais que je devrais me sentir soulagée et je le suis, seulement, j'ai une sorte de peur, ou serait ce de l'appréhension ? En réalité je ne sais pas, ce que je sais en revanche c'est que je vais m'en sortir et je ferai mon maximum pour.
Une fois l'avion sur le tarmac, je sors de l'engin comme le reste des passagers, je récupère mes valises et me dirige vers la sortie. J'ai hate d'arriver à l'appartement, surtout pour pouvoir dormir parce que je suis crevée. Ce voyage m'a littéralement éteinte.
Les voyages, j'en ai déjà fait bien-sûr mais celui-ci reste le plus important car ce n'est pas un simple voyage de passage où je vais me détendre et profiter des journées non, c'est le début de nouveaux chapitres de ma vie. Je sais que je suis redondante mais c'est pour souligner à quel point c'est important pour moi et que c'est le but de mon voyage, en espérant que tout se passe bien.
Je suis presque à la porte de sortie avec mes valises qui sont, soit dit en passant, vraiment lourdes et on se demande pourquoi. J'aurais clairement dû laisser quelques affaires, là je n'ai plus qu'à me débrouiller à les déplacer, d'ailleurs il faut que je trouve un taxi. Je continue de pousser le cadi contenant mes valises avec le regard partout sauf devant moi, ce qui est illogique puisque je dois regarder où je mets les pieds, ou plutôt où je pousse ce cadi. Et je le regrette, parce que j'entends un bruit sourd devant moi, ce qui attire immédiatement mon attention. Je me rends alors compte que j'ai heurté une personne, je l'ai rentrée dedans par inadvertance. Un hoquet de surprise s'échappe de ma bouche en constatant la situation, une alerte se déclenche en moi, mon sang se glace dans mes veines.
Je m'empresse de faire le tour et de m'approcher d'elle, mes mains la frôlant. La personne a dû avoir très mal parce qu'elle se tord en deux et se tient la hanche en marmonnant quelque chose que je ne parviens pas à entendre, alors je brise le silence pour au moins m'excuser de ma maladresse.
— Je suis vraiment désolée. Pardon, je ne vous avais pas vu...
— Ça va. Ne vous en faites pas, je vais m'en remettre, me coupe t-elle en brandissant une main devant moi pour m'empêcher de la toucher. Elle se redresse doucement, toujours en tenant sa hanche.
C'est un homme en réalité. Avant même qu'il ait prononcé un mot je l'ai constaté, sa voix grave l'a juste confirmé. Seulement dix minutes les pieds sur ce sol que je cause déjà des accidents, c'est génial.
Inquiète, je lui demande si réellement il va bien comme il me l'a répété, juste pour être sûre. Je l'ai interrogé en scrutant sa hanche enveloppée par sa main, avant de verrouiller mon regard au sien, agacé. Curieusement j'arrive à le détailler légèrement malgré la situation. Il a les cheveux mi-long dont quelques mèches ornent son visage et caressent les coins externes de ses yeux verts, ainsi qu'une barbe de trois jours. Il m'a l'air familier, il me semble l'avoir déjà vu quelque part, mais ce n'est pas ce qui importe pour le moment, ce qui compte pour moi là, c'est que sa hanche aille bien.
Mon regard est toujours ancré au sien qui s'est adouci. J’attends une réponse de sa part, et quand il s'en aperçoit, il souffle doucement et avec un sourire en coin, il finit par me confirmer encore une fois qu'il va bien. Je veux bien le croire mais quand il s'agrippe comme ça, c'est difficile de ne pas penser le contraire.
Malgré la réponse qu'il me donne je suis toujours un petit peu inquiète. Il faut préciser que le coup n'était pas léger, avec cette tonne d'affaires que je poussais.
— Vous avez l'air d'avoir vraiment mal. On peut aller dans un hôpital, juste pour être sûr que je ne vous ai rien cassé.
— Non ce n'est pas la peine, je vous ai déjà dit que ça allait. Et puis vous ne m'avez rien cassé du tout, donc rassurez vous, affirme t-il légèrement irrité.
— D'accord mais, venez au moins vous asseoir par là quelques minutes s'il vous plaît, comme ça vous vous poserez un peu... Et ça me rassurera, insisté-je sur la dernière phrase pour le convaincre puisque ça a l'air de le tenir à cœur le fait que je sois rassurée, et ça marche. Il acquiesce et nous nous dirigeons vers un siège, et lorsque l'on y arrive, il déclare moins exaspéré et plus détendu :
— Dites moi, vous n'êtes pas de la ville, si ? Vous venez d'ailleurs.
— Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? je réponds rapidement après lui.
— Je ne sais pas. Je vous regarde et j'ai cette impression.
— Eh bien, bonne impression alors. Je viens effectivement d'ailleurs, mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas de la ville.
— C'est vrai, vous avez raison. Lance t-il en rompant le contact visuel, pour le fixer devant lui. Sa main toujours sur sa hanche effectue des légères pressions comme pour un massage.
Je l'observe faire mais je suis interpellée par la vitesse avec laquelle il a su que je venais tout juste de débarquer, en soulignant que je suis d'ailleurs, ce qui est partiellement vrai.
— Comment vous avez tout de suite deviné ? Qu'est-ce qui vous a mis la puce à l'oreille ? Interrogé - je curieuse de ce qui a bien pu me trahir.
— Votre accent. Il est subtil, comme si vous essayiez de le dissimuler, mais il est bien là.
— Mon accent... Murmuré-je en fermant les yeux deux secondes après avoir baissé la tête, réalisant qu'il a raison.
— Je trouve ça mignon.
— Pardon ? dis-je surprise de cette phrase. Sa déclaration m'a fait lever le regard vers lui.
Il laisse échapper un rire discret avant de reprendre en me lançant un regard sur le côté sans me faire face, avec un sourire moins accentué :
— Votre accent. Il est mignon.
Je souris face à celà et je hoche la tête simplement comme pour le remercier. Je m'en vais pour lui demander si la douleur s'atténue mais il me devance et prends la parole.
— Vous resterez longtemps on dirait. Je dis ça à cause de vos valises.
— On dirait oui... confirmé-je en suivant son regard dirigé vers mes quatre valises.
— Agréable séjour ici dans ce cas, ajoute t-il avec plus d'entrain cette fois, un mélange d'enthousiasme et de calme.
Juste après, il se lève et me rassure une n-ième fois qu'il va bien, puis il s'en va en me souhaitant la bienvenue ici. Je le regarde s'éloigner un instant avant de me lever à mon tour et de partir chercher ce taxi finalement.
Il était plutôt sympathique avec moi, quand on voit ce que je lui ai fait. Je ne suis pas du genre à extrapoler mais je lui ai presque démonté la hanche et ce n'est pas rien. Je sais que la douleur était plus vive que ce qu'il a bien voulu me faire croire, mais malgré ça, il est resté assez agréable et courtois avec moi alors que rien ne l'y obligeait. J'espère sincèrement qu'il ira mieux.